Oscar et la dame rose

Oscar a dix ans. Douze jours lui restent à vivre.

La dame rose a l’âge de ses rides, et a conscience que tout n’est que passage. Elle est croyante. Lui assimile croyance et naïveté. Dieu comme le père Noël seraient deux figures d’une même lâcheté qui consiste à voiler nos manques.

Chaque jour peut avoir la densité et charge émotionnelle d’une décennie. Le temps est une perception. Le vécu n’est pas linéaire.

« A partir d’aujourd’hui tu observeras chaque jour, en te disant que ce jour compte pour dix ans »

Qui est la dame rose, et qu’apporte-t-elle à Oscar ?

La dame rose est une visiteuse. Une ancienne catcheuse. Elle donne de son temps à des enfants hospitalisés. Elle apporte à Oscar une compréhension franche de sa maladie et de son sursis. Elle ne le plaint pas. Elle ne lui ment pas, ni n’esquive sur les jours qui lui sont comptés. La souffrance est le partage de l’humanité. Même Dieu ne s’y soustrairait pas totalement. Elle lui montre que croire en un au-delà n’est pas s’aveugler sur la réalité de la souffrance ou de la mort physique, mais concentrer son esprit sur sa liberté première.

« Voilà. Il faut distinguer deux peines, mon petit Oscar, la souffrance physique, et la souffrance morale. La souffrance physique, on la subit. La souffrance morale, on la choisit ».

De fait, la pleine conscience de chaque étape de sa vie conduit Oscar à affronter ses peurs : celles des non-dits, celle de ne pas plaire tel qu’il est, celle de souffrir sans raison.

Apprivoiser l’idée de sa finitude l’idée n’est pas neuve au plan philosophique. D’ Epicure qui y fonde la vie heureuse, à Sénèque, ou à Nietzsche qui y ancre son gai savoir, l’oméga est l’alpha.

La fin de la vie est la nécessaire condition d’une vie libre, d’une priorisation de nos choix, et donc du sens et de l’unicité de cette évanescente existence.

Mais la force du conte d’Eric-Emmanuel Schmitt tient à la rencontre de deux personnages aux conceptions distinctes qui croissent chacun au verbe de l’autre, dans l’intimité de leur quotidien. Mamie Rose n’impose pas sa croyance. Oscar fini par épargner de son jugement le médecin, impuissant, et ses parents. Sans Oscar, la dame rose ne serait pas Mamie Rose.

L’auteur ne positionne pas le récit autour de la notion d’une injuste et absurde rétribution, et réfuterait, à elle seule, la possibilité de l’existence d’un Dieu, mais bien plus autour d’une indicible  grâce. Même dans la souffrance d’une maladie incurable, le sens peut surgir. Ce n’est pas la maladie qui couvre la vie d’un non sens. C’est la liberté de saisir chaque instant qui permet à la grâce de scintiller.

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